Transmission orale de la culture

Transmission orale de la culture

Transmission orale de la culture

La parole est le souffle et le souffle est le souffle et le souffle est la vie. Selon les cultures, comme la culture arabe ancienne, le mot lui-mĂŞme comporte une « soul« et l’ensemble des mots reprĂ©sente une somme de »âmes« ou des esprits vitaux qui sortent d’une personne pour aller vers d’autres, avec toutes les conditions et tout le contenu vivant qui leur sont propres.

La conversation est donc une transmission de la vie de quelqu’un Ă  quelqu’un. L’histoire orale, la poĂ©sie, les traditions et les lois non Ă©crites, transmises de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration, sont un hĂ©ritage qui palpite et porte la somme des habitudes, des intentions, des espoirs et des manières de chaque gĂ©nĂ©ration. Un patrimoine en mouvement.

«Avant de parler des choses sacrĂ©es que nous nous prĂ©parons par des offrandes…, l’un de nous remplira son calumet (pipe) et le tendra Ă  un autre qui l’allumera et l’offrira au ciel et Ă  la terre… Alors vous serez prĂŞt Ă  parler« dit un Yanktonai siux.

Il est Ă©vident que si les mots en gĂ©nĂ©ral sont vivants et portent la vie, d’autant plus importants et dignes de sĂ©rĂ©nitĂ© et de pleine communication avec le monde sont ceux qui viennent d’un dieu, ou ceux qui disent quelque chose de sacrĂ©. Le fardeau et le souffle de la parole et du discours sont donc divins. Ils sont pĂ©nĂ©trĂ©s de mystère et de puissance.

Un philosophe arabe mĂ©diĂ©val, Al-Kindi (IIIe siècle de l’HĂ©gire, Ă©quivalent du IXe siècle après J.-C.), considère les sons comme les Ă©lĂ©ments primaires de la crĂ©ation qui, une fois mis en mouvement, produisent des ondes. Chaque son a sa propre longueur, sa qualitĂ© intrinsèque et sa capacitĂ© Ă  provoquer des effets diffĂ©rents selon l’objet sur lequel il agit.

Ainsi, poursuit-il, le pouvoir des sons – des mots – est tel qu’il peut changer l’humeur des ĂŞtres vivants, modifier les conditions des forces naturelles, provoquer – par exemple – des phĂ©nomènes contraires Ă  la loi de la gravitĂ©, et crĂ©er de nouvelles formes Ă  partir des Ă©lĂ©ments de la matière, etc. Les sons associĂ©s formant les mots et les phrases augmentent et confirment leurs pouvoirs.

Et si vous ajoutez Ă  cela le contenu important, d’une part, et la concentration de l’esprit et de l’intention de l’orateur, d’autre part, l’impact est très fort. Et plus encore, dit-il, lorsque les mots sont combinĂ©s avec d’autres sons, comme les comĂ©dies musicales, une combinaison qui multiplie sans aucun doute l’effet.

La mĂŞme chose a toujours Ă©tĂ© pensĂ©e dans le domaine de la magie, et pas seulement en arabe. La force d’une formule magique dite orale, ou d’un sort, est tout Ă  fait due Ă  son Ă©tat oral exprimĂ©, d’autant plus si elle est entonnĂ©e musicalement. Il en va de mĂŞme pour les versets ou les morceaux d’un texte religieux, auxquels la psalmodie ou le chant confère une plus grande capacitĂ© d' »expression ».Charme« et d’influence.

Si nous nous sommes rĂ©fĂ©rĂ©s Ă  un philosophe arabe ancien et Ă  la pensĂ©e de cette race sur le mot, c’est prĂ©cisĂ©ment parce que la culture arabe la plus ancienne a Ă©tĂ© basĂ©e initialement et principalement sur l’expression orale. Sa forme d’existence a Ă©tĂ© celle d’une transmission orale des schĂ©mas, faits et traditions les plus importants.

Peu de peuples ont accordĂ© autant d’importance au mot et Ă  ses fonctions, Ă  la structure de la phrase et aux mondes crĂ©Ă©s par la force du verbe, que l’arabe. Et, comme ces derniers, il y a eu aussi d’autres peuples qui ont dĂ©posĂ© dans la parole, judicieusement et sagement, leur façon de voir les rĂ©alitĂ©s, mĂŞme les plus internes. Les Nahuas mexicains – et sĂ»rement, avant eux, les Toltèques – ont fondĂ© la beautĂ© de leur culture en grande partie sur la parole, la parole parlĂ©e. Chez les Incas, la transmission de l’autoritĂ© et de la civilisation se faisait Ă  travers les enseignements des amautas, avec une grande composante orale dans le passage.

Et parmi les peuples africains, la parole a Ă©tĂ© – et est toujours – la culture, et est la vie, et est la chose mĂŞme qui est nommĂ©e, et est l’histoire elle-mĂŞme. Aussi parmi les peuples europĂ©ens et en Asie, sous la civilisation Ă©crite, il
déplacer les sédiments de la bouche à la vie actuelle. Partout.

Notre culture mĂŞme, ce qui est propre Ă  chacun de nous, individuel et interne, est oral en pensĂ©e ; la parole est parlĂ©e dans le cerveau. Lorsque nous le transmettons Ă  d’autres, la fugacitĂ© des mots est arrĂŞtĂ©e, voire fixĂ©e, avec les tons et l’intention que nous avons voulu lui donner.

En utilisant la mĂ©moire comme instrument de fixation, il est possible de laisser un hĂ©ritage plus riche en nuances et de procĂ©der Ă  une accumulation de connaissances qui fera de chaque gĂ©nĂ©ration un nouveau progrès dans la marche de l’homme. Comme cela s’est d’ailleurs produit. «Pour dire et communiquer Ă  ceux qui vivront encore, naĂ®tra…« dit un chroniqueur mexicain. «Des histoires et des contes, des vĂ©ritĂ©s et des faits, si cela n’Ă©tait pas arrivĂ©, nous aurions raconté« , dit le narrateur russe.

En ce moment mĂŞme, les civilisations orales sont encore transmises, parfois comme le meilleur moyen de communiquer la personnalitĂ© des peuples ou des familles. La meilleure façon de connaĂ®tre ses ancĂŞtres et de savoir ce que l’on est. Et, par une curieuse tournure des Ă©vĂ©nements, il existe une nouvelle culture orale, universelle et communicative au plus haut degrĂ©, qui tente de dĂ©passer toutes les autres : celle de la tĂ©lĂ©vision, de la radio et des mĂ©dias audiovisuels, avec leur mysticisme et leurs mythes, leur grandeur et leurs limites.

Source : Salvat Open Classroom – Questions clĂ©s Contes de fĂ©es : l’histoire magique de l’homme. PubliĂ© en 1982
Auteur : Rodolfo Gil

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